Lil Buck, le danseur qui marie le hip-hop et le classique, notre #MCM

Lil Buck, un danseur hors-pair qui mélange le classique et le hip-hop
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Lil Buck est un danseur hip-hop pas comme les autres. Il a mis le jookin, une danse originaire de Memphis, au service du classique. Un mix atypique mais élégant sur lequel on est revenu lors de notre rencontre avec cet artiste hors-pair ! Portrait.

Au détour d'un long couloir qui nous mène aux salles de cinéma du Palais de Tokyo de Paris, on peine à se repérer. Après quelques dédales, on trouve enfin Lil Buck. Si son nom ne vous dit rien, alors on fait les présentations. Charles Riley, de son vrai nom, est né à Chicago mais a grandi à Memphis, la ville où est décédé il y a quasiment 38 ans un certain Elvis Presley. Lil Buck n'a pas pour autant été bercé par le rock. Son truc à lui c'est le hip-hop et n. Habillé de la tête aux pieds avec les vêtements street de Kaporal pour lequel il est l'égérie de la campagne automne-hiver 2015, Lil Buck, danseur hors pair, nous a accordé quelques minutes, le temps de connaitre mieux celui qu'une vidéo a rendu célèbre. Repéré sur YouTube en 2011 dans une vidéo où il adapte ses mouvements de danse aux notes du violoniste Yo-Yo Ma, il a réussi son pari de mixer le hip-hop et la classique. Désormais, c'est même sa marque de fabrique. On en a profité pour revenir avec lui sur son parcours et ce mix atypique qui l'a conduit sur la scène du New York City Ballet, au Super Bowl ou encore au Château de Versailles. Oui, rien que ça.

Lil Buck, le roi du jookin

Lil Buck est un adepte du jookin. Le quoi ? Pas de panique, on vous explique. Le jookin est une danse hip-hop dérivée du gangsta walk aux mouvements à la fois saccadés et souples. Ce qui rend spécial Lil Buck, c'est qu'il a sublimé cette danse en la mélangeant au classique mais cela s'est fait après un long parcours, de Memphis à Los Angeles, dès l'âge de 12 ans. Lil Buck revient sur le début de sa passion : "C'est à 12 ans où j'ai su que je voulais être danseur. J'ai toujours été bercé par le jookin de Memphis. De mes 12 ans jusqu'à mes 16 ans, j'ai pratiqué cette danse de manière intense, c'est-à-dire n'importe où et n'importe quand que ce soit dans la rue ou même en me brossant les dents (rires)".

A la découverte du ballet

A 16 ans, son groupe de danse se diversifie dans le ballet. "J'adore la danse classique car ça me permet de donner de l'élégance à mes mouvements afin qu'ils soient plus fluides", explique Lil Buck. Il a donc incorporé très jeune à sa danse les mouvements de danse classique et à cette époque, il ne pensait pas que ce mélange le conduirait à la gloire. Bien au contraire... "Plus jeune, c'était impossible pour moi de croire à un mix entre le hip-hop et le classique car tout simplement ce n'était pas dans les tuyaux. La musique ne proposait pas ce type de mélange. C'était impossible de voir un artiste hip-hop danser sur du classique et vice-versa", explique t-il. Les radios de Memphis ne sont pas pour la plupart généralistes et Lil Buck a dû se contenter de musiques hip-hop. Il nous dévoile une anecdote assez amusante : "Sachez que la radio de la voiture de ma mère était cassée, donc on était obligé d'écouter la même chose en boucle !"

Le self made man

Par la suite, il décide de forger sa propre identité musicale et d'écouter d'autres styles de musique. "J'ai commencé à apprécier d'autres types de musique pour lesquelles je n'ai pas forcément une attache naturelle comme le classique, le reggae, le rock 'n roll et la musique contemporaine. J'essayais de ne pas rater le Top 50 car enfin on pouvait écouter autre chose.", confie Lil Buck. Avant d'ajouter : "Des fois, avec les amis, on arrivait à s'ambiancer sur des musiques qui n'ont rien à voir avec du hip-hop, c'était fun !" Une ouverture d'esprit qui va lui donner des envies d'ailleurs. Lil Buck part à Los Angeles à l'âge de 19 ans par le biais d'un aller simple et 40 dollars en poche donnés par sa mère. Dans la cité des Anges, Lil Buck est aidé par des amis danseurs et une productrice de clips vidéos qui l'a repéré au préalable grâce à une vidéo de danse postée sur les réseaux sociaux. Tout va s'enchainer par la suite.

La consécration

Petit à petit et à force de persévérance, Lil Buck fait son trou dans la Cité des Anges. La productrice noue des contacts pour lui, notamment avec une agence spécialisée dans la danse qui lui trouve des partenariats commerciaux. En 2010, il participe au Ellen DeGeneres Show et c'est en 2011 que le tournant se produit avec la vidéo (visible ci-dessus) de Lil Buck performant avec le violoniste Yo-Yo Ma sur Le Cygne de Camille Saint-Saëns. Le ballet va prendre une grande place dans sa vie. Son jookin, dont il est un grand défenseur, se marie au classique. La scène du New York City Ballet lui fait les yeux doux avec le spectacle Les Bosquets qui met en scène la vie du quartier éponyme de Montfermeil en Seine Saint-Denis. Lil Buck revient sur cette représentation : "C'était une vraie expérience à vivre. Je me suis senti impliqué car pour moi les Bosquets c'est comme Memphis mais en mieux. Il y a des gens aux origines multiples vivant dans un seul et même quartier. Chez nous, on est séparé en communauté." Il se produit également au Château de Versailles dans un spectacle rendant hommage à Louis XIV dans lequel "il a écrit l'histoire" selon lui. La consécration est sans aucun doute sa performance devant plus de 68 000 personnes au Super Bowl XLVI en 2012. Sur la scène, à côté de lui, c'est Madonna qui se produit. Il partira en tournée à partir d'août 2015 avec la chanteuse.

Un avenir chargé

Pour la suite de sa carrière, Lil Buck a de grands projets. Il travaille actuellement avec le producteur Timbaland sur un concept un peu vague qui vise à marier la musique, les musiciens et la danse. Lil Buck n'en dira pas plus pour l'instant. Il devrait également monter un spectacle pour Broadway en compagnie de l'ancien danseur du New York City Ballet, son ami Damian Woetzel. Les deux n'en sont qu'à la genèse de leur idée et se donnent deux ans pour produire leur show qui doit s'articuler sur la danse de manière large avec un focus sur le jookin. Lil Buck aimerait également posséder sa propre troupe de danseurs. Il travaille en collaboration avec les associations de Memphis pour conseiller les jeunes et les aider à percer dans le milieu. Lil Buck ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. Il veut continuer à moderniser le jookin et en faire une danse avec des mouvements empruntés à d'autres genres musicaux. "Dans ses films, Bruce Lee utilisait plusieurs styles d'arts martiaux, je veux être comme lui à ma façon !", a déclaré un Lil Buck confiant. Bruce Lee n'est pas le seul à avoir la fureur de vaincre !

Le jookin est un art de rue comme le Parkour, découvrez notre rencontre avec ceux qui font de la ville un terrain de jeu.

Crédit : Kaporal