Onra, le beatmaker français à l'ancienne - Rencontre pour notre #MCM

Onra-Man Crush Monday
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Onra est un artiste à part entière sur la scène hip-hop française. Il sort son sixième disque, "Fundamentals", avec de multiples collaborations internationales. Nous avons rencontré le musicien pour connaître ses influences, sa passion pour la musique et la conception de ce nouvel album.

Onra, 34 ans, Arnaud Bernard de son vrai nom, est un beatmaker parisien, tombé dans le marmite de la musique à ses 10 ans. Il se produit en live et commence à se faire remarquer grâce à son premier projet, "Chinoiseries", mélange de hip-hop et de sons vietnamiens, son pays d'origine. L’année 2008 a été un tournant important pour l’artiste puisque'il participe à la campagne pub de Coca-Cola, lors des J.O de Pékin et fait partie du casting des nouveaux talents du Red Bull Music Academy. Un tremplin musical organisé par la marque qui donne des ailes afin de donner la chance à de jeunes artistes de se faire remarquer par des pointures de la musique. Un coup de pouce qui lui permet de faire de sa passion son métier. Il publie son sixième album, "Fundamentals", où il donne à nouveau ses lettres de noblesse au hip-hop des années 90. Posé à la terrasse d’un café parisien, Onra revient pour meltyStyle sur les différentes étapes de sa carrière jusqu’à la sortie de ce nouveau projet.

LA MPC, VÉRITABLE OBJET DE FASCINATION

Onra découvre la musique à l’âge de dix ans. Exclusivement influencé par le rap et le R’N’B des années 90, il veut écrire des textes. Seulement, il lui manque des pistes instrumentales pour l'accompagner. Pour y remédier, il décide d’acheter un "logiciel Carrefour à 200 francs de l’époque" pour démarrer. Après quelques années d’utilisation, et un peu d’argent mis de côté, il achète son premier véritable instrument, une boîte à rythmes pour la composition appelée MPC, en 2003. Totalement autodidacte, il ne l'a plus lâchée, jusqu'à concevoir ses albums et se produire en live avec cette boite à rythmes. Même s'il conçoit que la MPC a ses limites, il a du mal à s'en défaire. "Je sais bien utiliser la MPC. C’est un instrument qui me plaît et qui offre un son qui correspond bien à la musique que je veux faire. Je me souviens m’être pris une claque quand j’ai su que le premier album de Madlib avait été réalisé sans instrument, seulement avec des boîtes à rythmes. J’ai écouté son disque d’une manière totalement différente, j’étais impressionné. J’aimerais bien que les gens se disent la même chose avec mon album, qu'ils sentent que j'ai tout conçu avec une MPC."

LE BEATMAKER NOSTALGIQUE

Onra est un amoureux des années 90. Le grand amateur de hip-hop et R’N’B ne s’en cache pas. Il possède d’ailleurs une collection impressionnante de CD’s et de vinyls, près de 5000 références. Des albums qu’ils réécoutent ou qu’ils découvrent avec toujours autant de plaisir. Pour l'artiste, les années nineties reflétaient des ondes positives. "Les années 90 possèdent quelque chose de léger, de positif. Je ressens réellement la musique et quand j’écoute ça, je me sens bien. C'est vraiment l'âge d'or de la musique selon moi". Onra n'écoute pas trop ce qui se fait actuellement dans les musiques urbaines. Il reproche surtout la trop grande ressemblance sur les morceaux actuels. "Trop de projets sortent aujourd'hui sur Internet. Cela devient difficile de tout écouter. En puis, je trouve que la plupart des albums et mixtapes actuels se ressemblent. Aujourd’hui, dès que ça marche, tout le monde suit ce qui se fait. Je pense par exemple à ce que fait un gars comme Kaytranada qui a apporté sa touch. J’entends beaucoup de choses qui se ressemblent. Cela rend la créativité limitée. Je trouve ça dommage" regrette Onra.

LE RED BULL MUSIC ACADEMY, LE TOURNANT DANS SA CARRIÈRE

L’année 2008 est une année charnière pour Onra. En plus de l’utilisation de sa chanson "The Anthem" par la marque Coca-Cola lors des J.O de Pékin, Onra participe, à sa grande surprise, au Red Bull Music Academy, qui avait lieu à Barcelone. Cet immense talent crochet, ouvert à toutes les musiques, permet à de nouveaux musiciens de créer et de concevoir des projets, le tout avec les conseils d’artistes connus et reconnus, notamment MIA, Bjork et Kerri Chandler. Il s’agit donc d’une opportunité à saisir pour un artiste qui souhaite percer. Sauf qu’en 2008, Onra n’est pas dans une bonne période. Il cherche un emploi dans le commerce, sa formation initiale, et ne conçoit pas d’avenir dans la musique. Cet événement est donc arrivé à point nommé pour la Parisien, qui garde de très bons souvenirs. "C’était incroyable. Ce que je retiens surtout, c’est une vraie expérience humaine, un vrai échange avec plein de gens différents. Cet événement m’a donné confiance en moi. Etre reconnu par des pros m’a donné envie de continuer dans ce sens. Je suis très content d’avoir pu y participer" avoue-t-il.

"FUNDAMENTALS", UN SIXIÈME ALBUM OLD SCHOOL ASSUMÉ

Avec ce sixième album, Onra revient à ses premières influences, le hip-hop et le R’N’B des années 90. Un son rétro futuristique qui regarde droit devant tout en gardant un oeil dans le retroviseur de cet âge d’or. Pour disposer d’un vrai projet, l’artiste a multiplié les collaborations : le rappeur Chuck Inglish, moitié des Cool Kids, Perrion, le nouveau talent made in Harlem, Daz Dillinger, le cousin du légendaire Snoop Dogg, membre du crew Tha Dogg Pound et Olivier Daysoul, voix légendaire des années 90. Des artistes de grand talent, très respectés dans le milieu hip-hop. Un choix assumé par Onra qui veut mettre en avant ses coups de cœurs. "C’est un vrai mélange inter-générationnel avec beaucoup de voix. Ce sont des gens que je connais, que j’ai déjà rencontré, et avec qui j’avais envie de faire quelque chose. J’étais comme un gosse quand j’ai su que j’aurai Daz Dillinguer, une des figures de la West Coast des années 90, sur l’album. Chaque morceau, que j’ai créé, a été pensé pour ces artistes. Je suis très heureux que tous aient accepté de participer à ce projet."

"Fundamentals" nouvel album disponible le 15 mai-All City Recordings

Crédit : meltyStyle