Ahmed Dramé est-il un faux premier de la classe ? Rencontre avec l'acteur avant les César

Ahmed Dramé est nommé aux César dans la catégorie meilleur espoir masculin
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A deux jours avant la cérémonie des César nous sommes allés à la rencontre d'Ahmed Dramé, nommé dans la catégorie du meilleur espoir masculin. Qui se cache derrière cette gueule de gentil garçon ?

Mercredi 18 février 18h. Le soleil se couche sur le jardin des Tuileries. Ahmed Dramé est en retard et si le garçon est fâché avec les aiguilles de sa montre il a une bonne raison. Il est en plein préparatifs pour la cérémonie des César qui aura lieu ce vendredi. Le jeune homme est nommé dans la catégorie meilleur espoir masculin et vadrouille partout en France pour présenter le film dont il a co-écrit le scénario : Les Héritiers. A bientôt 22 ans Ahmed Dramé a tout d’un pro. Quelque chose de déconcertant presque. Il enchaîne les réponses à nos questions avec un calme et une assurance qui lui donneraient presque des airs de Benjamin Button. Si on déambule à travers les touristes en plein jardin des Tuileries ce n’est pas par hasard. Lorsqu’on lui a demandé de nous emmener dans un lieu qu’il appréciait pour cette interview c’est ici qu’il a proposé de nous rencontrer. Balade entre le 06 de François Hollande et la vedette volée à Edouard Baer.

Le faux premier de la classe

S’il a déjà tout d’un adulte, Ahmed Dramé vit toujours chez sa maman et ne quittera le domicile familial que "lorsqu’il aura trouvé sa destinée". N’entendez pas par là le cinéma, mais sa future femme. Pour le moment, le garçon profite des conseils de sa mère et avoue se faire toujours disputer : "Elle me grondera jusqu’à mes 50 ans c’est sûr". Des réprimandes nécessaires pour l’aider à garder ses Superstar sur terre. Parce que depuis le succès du film Les Héritiers, sorti dans les salles obscures françaises en décembre 2014, Ahmed Dramé enchaîne les soirées de gala. "Je n’ai pas changé je dirais que c’est plutôt mon mode de vie qui a changé. Tu te rends compte que tu commences à représenter un personnage public. Par cela tu es obligé de contrôler certaines de tes attitudes. Ce n’est pas si dur que ça ,c’est plutôt plaisant. Tu te dis que tu inspires des jeunes donc c’est tout à fait normal de soigner son image. Il y a des choses que je ne peux plus vraiment faire. Je reste très jeune dans mon esprit mais j’évite de faire le fou en boite de nuit ".

Ahmed Dramé est-il un faux premier de la classe ? Rencontre avec l'acteur avant les César

Né de deux parents maliens à Créteil, Ahmed Dramé a vogué entre la culture française et africaine : "J’ai connu très tôt le Mali, j’avais 2 ans et demi. J’ai grandi dans la culture française mais à la maison ma mère aimait bien instaurer la culture africaine, surtout des notions des familles, manger toujours ensemble. C’est surtout cet esprit familial qui est culturel à la maison. Ça n’a jamais été dur de grandir en banlieue. Je me suis vraiment imprégner de la ville, Créteil comme je le dis toujours c’est un peu une seconde maman. C’est la ville qui m’a élevé, qui a fait ce que je suis devenu aujourd’hui". Adolescent, Ahmed avait déjà des airs de gentil garçon : "J’étais un adolescent assez calme et réservé, mais je ne dirais pas timide. J’aimais beaucoup m’amuser. La pire connerie que j’ai pu faire en cours c’est quand on a organisé un 1 2 3 soleil. Il fallait arriver le plus vite au tableau dans le dos de notre prof d’anglais. Je faisais pas mal de bêtises au collège mais j’ai été intelligent. J’ai toujours réussi à me tirer d’affaire. Je n’ai jamais été viré". Ahmed Dramé c’est le type qui était dans tous les coups mais qui, avec une tête de premier de la classe, échappait aux sanctions. "C’est exactement ça !".

L'amour de l'écriture

S’il n’affiche donc pas d’heures de colles dans son carnet de liaison, on y retrouve deux rôles au cinéma, dans Petits Princes et Les Héritiers, et un livre "Nous sommes tous des exceptions". Un CV qui après l’affaire Charlie Hebdo lui a valu quelques invitations sur les plateaux télé pour parler des banlieues : "Je ne suis pas un représentant, je ne peux pas parler au nom de tous". S’il a préféré ne pas jouer le porte-parole immatriculé banlieusard, Ahmed Dramé se retrouvera à jouer le rôle d’un jeune homme qui se fera enrôler pour faire le jihad en France dans son prochain film Made in France réalisé par Nicolas Boukhrief et qui sortira en septembre 2015. Un hasard du calendrier.

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Son amour de l’écriture, il le tient de l’école : "Lors de mon année de seconde Histoire des arts, on était amené à écrire beaucoup avec notre professeur d’Histoire qui avait un goût très prononcé de l’écriture. C’est venu de là. Ensuite, en passant pas mal de casting je ramenais des scénarios à la maison. En les lisant, j’ai commencé à apprendre et je me suis dit pourquoi je n’écrirais pas mon propre scénario". S’il se rêvait web master à sa sortie des études, un casting sauvage en bas de chez lui le poussera à exprimer sa créativité : "Il n’y a rien de plus frustrant pour une personne qui se sait créatif de ne jamais montrer aux gens de son domaine ce qu’elle est capable de faire. Alors je me suis dit que si un jour on pouvait me laisser ma chance pour montrer ce que j’étais capable d’exprimer, même dans un petit film, je m’en serais donné à cœur joie et aujourd’hui j’ai la chance de pouvoir faire des choix". Namasté.

Hollande et compagnie

S’il jongle avec les projections presse en France et prochainement avec la promotion à l’international, Ahmed Dramé doit aussi sur son autoroute du succès prendre quelques critiques en stop : "Bien sûr que j’ai eu des reproches des personnes de ma famille. Est-ce que tu es en train de changer ? Tous ces genres de reproches habituels et clichés quand ton train de vie devient très différent. Au départ, c’est très difficile à encaisser mais les reproches font parties du jeu. Les critiques médiatiques j’y fais moins attention car elles sont assez inégales. Je suis plus sur les critiques à échelle humaine". La tête sur les épaules, il l’avait aussi quand il a appris sa nomination aux César : "J’avais mis mon téléphone en mode avion j’étais chez moi avec ma maman. Je ne m’attendais pas à être nommé mais je regardais les nominations en direct. Sans faire exprès, j’ai désactivé le mode avion et j’ai été bombardé de message. Je me suis dit que peut-être on m’écrivait pour me dire : c’est pas grave une prochaine fois…".

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Si pour l’instant il a joué des personnages assez proches de sa personnalité, le garçon aimerait s’essayer à des rôles plus sombres : "Je suis passionné par les personnages très durs émotionnellement parlant. J’aimerais incarner un personnage sombre, quelque chose de très éloigné de ce que je suis. Mais si un jour on me proposait une très bonne comédie j’aimerais beaucoup". La comédie il ne l’a pas jouée à l’Elysée lors de la projection privée avec François Hollande du film les Héritiers : "C’était un grand moment. Tu commences à écrire en prenant un stylo et un bout de feuille dans ta chambre et tu ne devines jamais qu’en partant de rien tu vas arriver jusque-là.". En revanche, Ahmed Dramé pourrait prendre la place d’Edouard Baer, maître de cérémonie des César 2015 : "Il m’a dit 'Ahmed là c’est pas possible avec ton costume Fendi, tu vas m’éclipser'". En attendant, on espère bien profiter de la vue de ce costume italien ce soir lorsqu'il ira chercher sa statuette. Fingers crossed, comme on dit chez eux.

Par @Hanadi Mostefa

Crédit : Hanadi Mostefa