"Dis maman, c’est quoi des préjugés sexistes ?" - Clara Morgane répond...

Clara Morgane revient toutes les deux semaines sur meltyStyle
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Force est de constater qu’en 2015 encore, les stéréotypes sur les femmes ont la vie dure, j’ai décidé de me pencher sur la question cette semaine. Si la majorité des gens reconnaissent les véhiculer malgré eux, ces stéréotypes hommes-femmes surperforment dans les esprits frustrés. Et vous, avez-vous parfois des préjugés sexistes ?

Le sexisme ordinaire constitué de petites phrases anodines, de regards, de silences dans le meilleur des cas, cautionné par notre société, est partout. Harcèlement de rue ou sur les réseaux sociaux, slut-shaming et discrimination au travail, la vie des Françaises n’est pas toujours une partie de plaisir. Oui, il ne faut pas être trop belle ou bien trop moche, trop grosse ou bien trop maigre, trop libérée ou trop coincée. Alors comment préparer nos petites filles à ces attentes sociales improbables et les élever dans un tel climat ? C’est la question que je me suis posée.

Sois belle et tais-toi. Le stéréotype de la femme-corps sans tête, superficielle et légère est toujours d’actualité, puisqu’il renforce en creux celui de l’homme fort, doué de raison et d’intelligence. Si tu es belle et que tu l’assumes ma fille, tu seras facilement classée dans la catégorie des ravissantes idiotes. A ce moment-là, il te sera pratiquement impossible d’en sortir et d'être prise au sérieux. Mais rassure toi, heureusement tout le monde ne pense pas ainsi. Même s’il a fallu attendre 1944 pour que les françaises obtiennent le droit de vote ou encore 1965 pour qu'une loi nous permette de travailler sans l'autorisation de leurs maris, grâce à l'engagement acharné de nombreuses de femmes et de certains hommes, nous avons enfin (presque) trouvé notre place dans la société et sommes, au moins en théorie, devenues les égales des hommes. Tu n’auras pas, comme Simone de Beauvoir ou George Sand avant elle, à prendre un pseudonyme masculin pour t’imposer. Reste toutefois sur tes gardes car la lutte est loin d’être achevée. En effet, notre société peut aujourd’hui tomber dans l'excès inverse et exiger des femmes qu'elles soient tout à la fois intelligentes, belles, actives et qu'elles prennent le temps de se maquiller tous les jours, sous peine d’être perçues comme négligées, rien de moins.

Si tu n’es pas belle ma fille, ta vie ne sera donc pas plus simple puisque tu seras quoi que tu fasses, soumise aux critiques et jugements des autres, surtout à l’heure des réseaux sociaux puisque le moindre idiot est devenu un média à lui tout seul. Aujourd’hui, Angelina Jolie, Jodie Foster ou encore Emma Watson, ni meilleures ni moins bonnes actrices que d’autres, sont particulièrement écoutées et respectées parce qu’elles sont sublimes et représentent… la femme idéale. La beauté et la féminité sont soudain passées de handicap à atout pour se faire entendre et défendre une cause humanitaire ou un combat politique. Oui, le monde change mais n’évolue pas toujours… Alors belle ou moche, accepte-toi comme tu seras. Fais des choix qui te rendront fière ou qui te libéreront mais n’attends jamais l’approbation du monde. Les commentaires des bienpensants ne parleront que d’eux, jamais de toi. Aies confiance en toi, exprime-toi, sois une femme et impose-toi !

Sois mince ou ne soit pas ! L'obsession de la minceur contribue à entretenir le mal-être des femmes. De la culture de masse à l’industrie de la mode en passant par les discours de certains médecins/auteurs sans scrupules, les exhortations à la minceur sont omniprésentes dans notre société. Oui, les "grossophobes" sont partout ! Le problème, est que pour les adolescentes et même certaines femmes, la spirale de la minceur peut devenir infernale au point de mesurer chaque jour jusqu’à l’écart de son entre-jambe ! Cette pratique a un nom, le thigh gap et selon le docteur Vincent Dodin, psychiatre spécialiste des dépendances, elle figure parmi les caractéristiques des troubles du comportement alimentaire. « Toujours plus mince, toujours plus forte : au départ, les patientes ont le sentiment de plein pouvoir, d’être en pleine possession de leurs capacités physiques et intellectuelles.

L’anorexie est une maladie qui commence par des régimes drastiques suivis de jeûnes prolongés, qui deviennent de plus en plus réguliers. A partir du moment où elles franchissent le stade de l’addiction, les jeunes filles et femmes anorexiques doivent s’assurer qu’elles tiennent le cap, jusqu’à ce que le corps, épuisé par les carences alimentaires, dise stop. » Mon enfant, pour éviter ces extrêmes, il t’appartiendra le moment venu d’aimer ton corps et de le respecter. Peu importe qu’il ressemble de près ou de loin aux canons des magazines dont l’objectif est de nous vendre des régimes, des cosmétiques, des vêtements et autres accessoires. Il y a tant de façons d’être une femme… Ne te laisse pas enfermer dans les stéréotypes. Non, tu n’es pas dans ce monde pour être agréable à regarder et consommer. Manger sain, équilibré et bio si possible, dans des quantités raisonnables, se lâcher parfois pour se faire plaisir, se faire de bien, prendre soin de soi et se dépenser en faisant du sport, voilà, quelques-unes de mes habitudes que j’aimerais te transmettre.

Soit Salope, soit coincée ! (Vraiment rien entre les deux ?) Une catégorisation simpliste qui constitue le pire stéréotype sexiste qui soit. Pour beaucoup trop de personnes encore, et pas seulement les hommes, les femmes ne peuvent appartenir qu’à une seule de ces deux catégories. Sainte-mère ou sale putain, il te faudra choisir ma fille, alors tu as une préférence ? Tu hésites encore ? Ne t’en fais pas, c’est un choix cornélien qu’on fera peut-être même pour toi, en fonction de la façon dont tu mèneras ta vie. Il s’agit en réalité d’amputer les femmes d’une part d’elles-mêmes. Un cliché sexuel datant des anciens temps, mais toujours bien ancré dans les mentalités. Un homme multipliant les partenaires est un séducteur, un bourreau des cœurs, un Don Juan, un prince charmant en somme. Mais attention, si tu te comportes comme son égale, l’appréciation te concernant sera malheureusement bien plus défavorable. Selon une étude américaine, la popularité des adolescentes dégringole de 45% après le premier rapport sexuel. Pour les garçons, à l'inverse, elle décolle de 88%. Soumets-toi donc à un contrôle permanent de ta sexualité, de ton comportement, de ton vocabulaire, de ta manière de te vêtir, va à l’encontre de tes pulsions, de tes ambitions, de tes passions même et tu seras peut être acceptée dans la catégorie des coincées, des puritaines puis bientôt des mères.

Si tu ne te sens pas à ta place de ce côté de la frontière, il ne te reste plus qu’une possibilité : être heureuse. Fonce, vis ta vie car elle n’appartient qu’à toi, fais fi des esprits trop limités pour te comprendre et t’apprécier. Les éduquer est un défi que tu ne pourras malheureusement pas relever car la bêtise humaine est la seule chose qui donne une idée de l’infini, comme le disait si bien Ernest Renan. De toute façon, trop ou trop peu, cela ne conviendra jamais vraiment et la vérité est toujours déformée par les médisants. Il ne faut cependant pas leur en vouloir, la frustration n’est pas un bon carburant pour l’âme. Sois courageuse, agis selon tes propres règles, ce qui compte c’est d’être en accord avec toi-même. De ton côté, ne juge jamais hâtivement, prends le temps de la réflexion car les premières impressions sont souvent trompeuses. Respecte-toi toujours, respecte les autres et tu auras surement la chance de rencontrer des amis et un homme ou une femme à ta hauteur. Un entourage ouvert d'esprit dont la seule présence saura te combler car il sera bienveillant et compréhensif à ton égard. L’amour est la seule vérité, il doit être ta seule quête.

Clara Morgane à sa fille.

Crédit : PCM, DR, UN Women, Star Models

6 commentaires
  • On l'aime ou on l'aime pas liberté de pensée
  • Voila un ode à votre fille, aux femmes en général qui vous honore. Oui nous sommes confrontées tous les jours à ces hommes qui jugent et imposent. Et parfois a ces femmes qui sont encore plus virulentes... Vivre sans heurter, dans une moralité qui n'a de comptes à rendre ni à la religion ni aux biens pensants...belle vie à votre enfant, loin des yeux du monde tant que faire se peux.