Fashion week Paris : Le street style, véritable enjeu des défilés ? Les incontournables du style répondent

Le street style, le véritable enjeu d'une fashion week ?
Ecrit par

Alors que la fashion week homme de Paris s'ouvre demain, intéressons-nous au phénomène du street style, de ses débuts dans les années 70 à la sur-exposition des looks de ces dernières années. Le street style, ou quand la semaine de la mode se joue sur les pavés.

Si les armées de photographes, amateurs et professionnels, sont en mode commando à chaque défilé des différentes fashion weeks internationales pour immortaliser les personnalités de la mode, blogueurs et autres wannabes, la pratique n'est pourtant pas récente. Dès la fin des années 70, Bill Cunningham, photographe, est en charge de la rubrique "On the street" du New York Times pour laquelle il capture l'élégance des silhouettes new-yorkaises. Une pratique du street style qui n'en a pas encore le nom, mais la forme assurément. L'explosion de ce phénomène, on la doit, selon Tim Blanks, rédacteur pour Style.com, à celui des supermodels des années 90. Cindy Crawford, Linda Evangelista, Kate Moss ou Claudia Schiffer deviennent de véritables icônes et les photographes se précipitaient en backstage pour les photographier : "C'était une nouvelle façon de regarder la mode. Un moyen de s'évader et d'oublier la crise. Les temps sont de nouveau durs (...) Au début, je trouvais ça charmant. Maintenant, je trouve ça bizarre de voir autant de monde se précipiter pour prendre la même photo. Le street style donne du pouvoir, mais d'une manière aussi éphémère que la télé-réalité. Ça fabrique des monstres, pas des dieux. Il faut voir ce que certains sont prêts à faire pour être pris par Tommy Ton !"

Des leaders d'opinion

Et elle est bien la critique la plus récurrente : l'illégitimité de ces modèles d'un jour, souvent des blogueurs. Contrastant avec l'austérité et le minimalisme revendiquées par les créateurs des années 80 et adoptées par les professionnels de la mode (acheteurs, journalistes et rédacteurs), la flamboyance des silhouettes actuelles attire les photographes à la recherche de la photo qui marquera les esprits et attise les foudres. De Suzy Menkes notamment, ex-plume du New York Times et dorénavant en charge d'une colonne pour Vogue, s’exprimait dans le T Magazine, le supplément lifestyle du New York Times, le 10 février 2013 : "Ces individus sont uniquement connus grâce à leur page Facebook, leur blog ou le fait que Scott Schuman les a immortalisés sur The Sartorialist. Ce photographe de "vraies personnes" a engendré une légion d'imitateurs, tout comme les journalistes bien habillées ont inspiré les blogueurs en quête de célébrité, dans leur façon de se vêtir pour attirer l'attention des paparazzis. Mais il y a une réelle différence entre le style et la frime. Et maintenant que ces femmes et ces hommes sont manipulés pour promouvoir les marques qui ont été assez rusées pour faire de l’œil à ces leaders d'opinion, même les plus talentueux ont perdu leur indépendance."

Le blogueur, persona non grata

Pourtant, si les streestylers et les streetylés agacent certains professionnels, d'autres se réjouissent de cette publicité facile. Assurément, une pièce portée par un blogueur influent est un must-have en devenir ou peut lancer la carrière d'un jeune créateur. Ces dernières années, Kenzo en a fait l'expérience avec ses sweats Tiger portées jusqu'à l'overdose par la planète mode. Et la frontière entre amateurs opportunistes et professionnels est difficile à déterminer puisque les plus grandes rédactrices et rédacteurs jouent le jeu du street style. Aussi, à travers la critique faite au street style, ne s'agit-il pas d'une plus grande critique envers les blogueurs et la starisation de ces amateurs ? Parce que qui possède un .com, une bonne gueule et une communauté peut se revendiquer blogueur et donc faire de l'ombre aux magazines les plus prescripteurs par sa proximité avec son lectorat et son influence sur les réseaux sociaux, nouvel eldorado des modeux. Effectivement, n'est-il pas plus simple de s'inspirer du look d'un Prince Pelayo ou d'un Mariano Di Vaio que d'une silhouette de défilé ? La mode, au sens général du terme, ne se construit-elle pas au carrefour de différentes influences, y compris celle de la rue ?

Fashion week Paris : Le street style, véritable enjeu des défilés ? Les incontournables du style répondent

Qu'importe, pour enrayer cette cannibalisation de la mode, la fashion week de New York décidait il y a quelques saisons d’écrémer les accréditations qu'elle accorde afin que ne soient présents que des professionnels de la mode et que l'attention soit recentrée sur les collections dévoilées. Une décision qui fera son chemin ? Si l'on écoute le père de street style, Bill Cunningham, veste de travail bleue sur les épaules depuis des décennies, non "le meilleur défilé de mode se tient dans la rue. Ça a toujours été comme ça, et ça continuera de l'être". Amen.

Fashion week Paris : Le street style, véritable enjeu des défilés ? Les incontournables du style répondent - photo
Fashion week Paris : Le street style, véritable enjeu des défilés ? Les incontournables du style répondent - photo
Source : L'Express - Crédit : The Sartorialist, Tommy Ton Instagram, Nobody Knows Marc