Go YARD or Go Home, rencontre 

YARD est distribué gratuitement
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Une après-midi dans les bureaux de l'équipe de YARD, à la découverte de ce nouveau magazine trend-urbain. Il est conseillé de lire cet article en chaussette.

"J’viens d’acheter en enfer un petit coin de paradis". Si vous ouvrez la porte de YARD après une salle journée c’est exactement ce ver de Booba qui vous fera écho. En arrivant dans ce petit havre caché derrière un géant portail de la rue Traversière du 12ème arrondissement de Paris, vous tomberez sûrement sur Eriola, réalisateur qui vous contera son amour pour les plantes qui vivent dans le noir, pendant que Terrence, rédacteur web, vous ouvrira la porte en chaussettes. Lancé il y a tout juste plus d’un an, YARD, média papier gratuit et site web couplé d’une agence, s’est installé dans les locaux de MK2 qui a investi dans le projet. Et si la chaîne de cinéma leur fait confiance ce n’est pas juste parce qu’ils portent des chaussettes propres.

Nous avons articulé cet article comme notre visite. Le nom des lieux ont été choisis par les équipes de YARD.

Basse Mesure

Asseyez-vous et venez squatter avec nous le rez-de-chaussée de l’agence avec les "autistes de la cave" comme ils se définissent. Alors que ses woes de bureaux, des plantes vivants sous la lumière artificielle, recrachent leur oxygène, Eriola s’attèle au montage de l’interview du rappeur Kaaris. Le garçon partage le sous-sol avec Supa, DJ de son état. Un monteur d’accord, mais un DJ ici, avec des horaires de bureau ? Le garçon, ancien champion de France du RedBull Threestyle, est un nouveau membre de la team. Ami de Yoan Prat - co-fondateur de YARD - depuis le collège, SUPA assure les soirées organisées par la team et permet ainsi à l’agence de proposer ses services sur des évènements. "Je ne sais pas parler d’argent, Yoan et Tom (second co-fondateur) le font pour moi" confie-t-il tout en travaillant sur son EP. Alors qu’Eriola cherche peut-être le gros orteil de Kaaris, on remonte à la surface. NB : un des deux garde un plumeau sous son bureau pour faire le ménage. Nous ne donnerons aucun nom.

Quelques marches plus haut, Julien, rédacteur en chef du magazine papier, fait ses premières classes sur le "paper". Ancien membre du blog Néo Boto, le garçon qui gère une équipe de 4 journalistes, doit s’adapter aux exigences de la feuille : "Le papier c’est gratifiant, tu peux le reprendre, ça ne se perd pas comme le web. Mais par contre tu dois gérer des temporalités différentes et ne pas compter les nuits blanches pour le bouclage !" Distribué gratuitement, YARD fait la part belle à la culture trend-urbaine. "On fait beaucoup de terrain et beaucoup d’interviews. Nous sommes dans un urbain qui se démocratise et même si on a un background urbain, on tend vers la culture tout court" argumente t-il. Dans le dernier numéro de YARD, c’est le MC chevelu Wiz Khalifa qui venait flanquer ses dreads roses en Une tandis que des bikers de Dakar faisaient fumer leur kérosène quelques pages plus loin. Quant au choix du large format papier, Julien argumente : "On veut que nos lecteurs respirent dans le papier, on veut se mettre des pleines pages de photos, que les lecteurs se les mangent".

Moyenne Mesure

"Sans Caro on ne serait rien" nous lance à l’unanimité l’équipe créative. Caroline, chargée de production, doit essuyer quelques vannes bien senties, un peu comme David Luiz tente de ne pas se prendre de petits ponts par Luis Suarez. La jeune femme fait souvent les frais de la team de la moyenne mesure, en témoigne le mur de post it où des citations de chacun trônent. On apprendra alors que Yoan a failli écraser des gens qui faisaient la prière tandis que Caroline a fait du surf avec Vincent Cassel. Moment slaying. C'est aussi elle qui gère les retards. 100 euros de moins sur la paye pour deux retards (après 11h). David Luiz approuve sûrement lui aussi.

Pendant que Jesse, en charge des contenus vidéos, se refait l’album de Craig David, Melo, directeur artistique du site web, en profite pour coder un peu. Moment couteau suisse. Le garçon est un ex membre d'Ofive, média co-créé par Yoan Prat également. Les deux acolytes se suivent depuis des années. Ils montent ensemble en 2009 (avec Arthur Oriol) un studio de création graphique en parallèle de leur job respectif et s'acoquinent avec la chaîne qui leur confie sa refonte. Yoan Prat est chasseur de tête, porte le costume le jour et accueille les huissiers le soir. "Etre auto-entreprenur c'est beaucoup de loyers impayés mais il faut juste avoir la dalle". Six ans plus tard, les garçons ont quitté Ofive et visent encore plus haut. Quant à la télévision : "On verra ce que sera la télé à ce moment là" nous répond Prat. La direction artistique du paper est quant à elle dirigée par Arthur. Celui qui vient d'une agence du luxe tente d’articuler les codes de cet univers à ceux de l’urbain.

Haute mesure

Ici squatte la team des barbus mais aussi celle des joueurs de baskets. Face à nous Quentin, 2m02 et chef de projet pour l'agence de YARD. Le garçon a croisé Yoan Prat et Tom Brunet - second co-fondateur - sur les parquets. C'est aussi le ballon qui aura amené Prat et Brunet à se rencontrer. Le second s'occupait de la marque Pigalle avant de voler de ses propres ailes. Depuis, celui qui joue en National 2, jongle avec les matchs le week-end et l'organisation des soirées YARD. "L"idée pour YARD c'était de créer un média et réussir à faire de l'argent". A 29 ans Tom affiche un CV aussi garni que le panier d'un hispter sur un marché bio. Diplômé d'école de commerce où il se sentait un peu "comme un ovni" il a dû gérer la marque Pigalle dès ses début, et peut se targuer aujourd'hui de diriger une quinzaine de personnes.

Une garde partagée avec Yoan Prat qui a autant d'amour pour les claquettes qu'il en a pour le PSG. Ce pro-parisien a délaissé les mocassins, derbies et autres Richelieu parce que l'habit ne fait pas le CEO. "On sait s'adresser à notre cible jeunes c'est notre principal force" et c'est ainsi que Pablo, encore au lycée vient cirer les bancs de YARD après les cours. "Leonard de Vinci il n'a pas inventé la peinture et pourtant il a peint la Joconde non ?" lance le junior à son supérieur. Yard n'a pas inventé ni le papier ni le web et pourtant ses équipes sont en train de redessiner le paysage médiatique en ne laissant pas de côté la culture trend-urbaine. Parce qu'on ne laisse jamais la culture trend-urbaine dans un coin. Hein bébé ?

Par Hanadi Mostefa

Crédit : meltyStyle, YARD