Have You Met Clara : Les classiques du nu féminin dans l’art

La Vénus d'Urbino
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La quête de l'éternel féminin sillonne toute l'Histoire de l’art et devient un vrai thème de prédilection à partir de la Renaissance. Pourtant, l’histoire du nu est celle d’une lutte acharnée pour illustrer et dépeindre l’obscur objet du désir aussi bien adoré qu’attaqué et censuré. Ainsi, je saisis ici, l’occasion de rendre hommage à quelque uns des plus célèbres et sensuels nus féminins.

Péninsule, joyau, vestibule, abricot et j’en passe et des meilleurs, l’art n’a pas attendu Colette Renard pour faire du "mont velu" l’un de ses sujets de prédilection. Objet de fascinations ou controverse culturelle, le sexe féminin a depuis toujours nourri les obsessions les plus folles de l’Histoire de l’art. Aujourd’hui, les technologies de communication ayant évoluées, chaque nouvelle technique, telle que l'impression, la photographie, les films et les ordinateurs, ont été autant de supports nouveaux et moyens de diffusion de ces représentations que l’on en oublie la genèse. Alors si vous êtes novices en la matière, il est donc temps de vous rattraper un peu.

La Venus de Hohle Fels

Have You Met Clara : Les classiques du nu féminin dans l’art

Considérée comme la plus ancienne œuvre d'art figurative, la Venus a été découverte en 2008 dans la grotte de Hohle Fels en Allemagne. Cette statuette représentant le corps sans tête d’une femme et datant de 35 000 à 40 000 ans, est presque complète. A part l’épaule et le bras gauche, tout est intact, surtout ses imposants attraits sexuels. En effet, ses seins, fesses et sexe sont très exagérés par rapport au reste du corps. La figurine préhistorique tout en courbes et en fentes aurait joué un rôle dans une sorte de rituel de fertilité… oui un objet chargé d’histoire on vous dit !

La Vénus d'Urbino

Have You Met Clara : Les classiques du nu féminin dans l’art

Voici une peinture de la Renaissance réalisée par Titien vers 1538. Le peintre a alors 50 ans lorsqu’il crée un véritable scandale en réalisant son premier nu à la demande du duc d’Urbino. Au XVI ème siècle, on attribuait une puissance magique aux images. Il était alors d’usage d'accrocher des peintures érotiques dans les chambres à coucher des époux afin qu’ils puissent les regarder au moment du coït. La science disait même que les femmes ne pouvaient être fertilisées qu'au moment de leur jouissance. Les médecins suggéraient donc aux femmes mariées de se préparer manuellement avant l'union sexuelle. Pour être plus claire, je parle bien ici de masturbation. La pose de la Vénus au pubis à peine caché et au regard lubrique correspondrait à des recommandations du même genre.

La Maja nue

Have You Met Clara : Les classiques du nu féminin dans l’art
Have You Met Clara : Les classiques du nu féminin dans l’art

La Maja desnuda dite "la gitane" est l’une des œuvres réalisée sur commande par le célèbre peintre espagnol Goya. A l’heure où le règne des grands maîtres vint à s’essouffler ainsi que ses normes classiques, quelque chose qu’on n’avait jamais vu dans l’art occidental apparaissait alors : le poil pubien ! Bien qu’au moment où a été peinte "La Maja nue", le tableau n'était pas conçu pour avoir un pendant, quelques années plus tard, apparaît "La Maja vestida". Dans les deux tableaux est représenté en entier le corps de la même femme, allongée lascivement sur des coussins, face au spectateur/admirateur. Tout y est reproduit à l’identique, seuls des vêtements ont été ajoutés dans la deuxième peinture. Pudeur survenue tardivement de la part du commanditaire ou manière de s’exciter ? Dommage, on ne saura jamais.

L'Origine du monde

Impossible de penser à l’histoire du nu féminin dans l’art sans penser à L'Origine du monde réalisé par Gustave Courbet en 1866. Aujourd’hui exposée au musée d'Orsay, l’œuvre cadrée au-dessous des seins et au-dessus des cuisses représentant le sexe et le ventre d'une femme allongée nue sur un lit, n’a rien perdu de son audace révolutionnaire. Bien qu’elle n'a été exposée au public qu’à la fin du XXème siècle car considérée comme obscène dès sa création, elle est connue et décrite par les commentateurs du monde artistique et littéraire de son époque, et en premier lieu par Maxime du camp, qui la présente en ces termes :

Have You Met Clara : Les classiques du nu féminin dans l’art

"Dans le cabinet de toilette du personnage étranger, on voyait un petit tableau caché sous un voile vert. Lorsque l’on écartait le voile, on demeurait stupéfait d’apercevoir une femme de grandeur naturelle, vue de face, émue et convulsée, remarquablement peinte, reproduite con amore, ainsi que disent les Italiens, et donnant le dernier mot du réalisme. Mais, par un inconcevable oubli, l’artisan qui avait copié son modèle d’après nature, avait négligé de représenter les pieds, les jambes, les cuisses, le ventre, les hanches, la poitrine, les mains, les bras, les épaules, le cou et la tête". Pas de ventre ? Il n’a donc pas dû le remarquer tant il fut concentré et obnubilé par autre chose…

Le viol

Have You Met Clara : Les classiques du nu féminin dans l’art

Le corps féminin a hanté les rêves et créations de ces anti-conformistes invétérés appelés les surréalistes. Dans cette peinture, Magritte, semble oublier les traits d’un visage féminin tout bonnement remplacés par des seins, un nombril et un sexe. L’image de la femme-objet est donc poussée à son comble et la misogynie à son paroxysme. Seul le titre de l’œuvre révèle la véritable pensée de l’artiste et la fait glisser vers un second degrés plus critique. Le viol interroge en réalité la société de façon subtile et habile, sur le regard sexualisé que portent des hommes sur les femmes. Heureusement les temps ont bien changé n’est-ce pas ?

Hon/Elle

"Elle était là comme une grande Déesse de la fertilité, accueillante et confortable dans son immensité et sa générosité. Elle reçut, absorba, dévora des milliers de visiteurs. La joyeuse et géante créature représenta pour beaucoup de visiteurs comme pour moi le rêve du retour à la Grande Mère. Des familles entières avec leurs enfants, leurs bébés, vinrent la voir. La HON eut une vie courte mais pleine. Elle exista pendant trois mois et fut détruite. Car la HON, qui remplissait l'espace du grand hall du musée, n'avait jamais été prévue pour y rester. Des mauvaises langues dirent que c'était la plus grande putain du monde parce qu'elle accueillit 100.000 visiteurs en trois mois". Voilà comment Niki de Saint Phalle décrivait son œuvre.

Have You Met Clara : Les classiques du nu féminin dans l’art

En collaborant avec Jean Tinguely et le finlandais Per Olof Ultvedt, l’artiste se réapproprie l’image du sexe féminin érotisé à tout va dans l’Histoire de l’art et en fait une œuvre politique. Cette gigantesque nana couchée sur le dos, jambes écartées, genoux relevés, offrant son vagin comme entrée au public, pourvue d’une toute petite tête, de gros seins et d’un ventre rond car elle était enceinte, a été réalisée en 1966 pour le musée d’art moderne de Stockholm. À l'intérieur de la sculpture, qui se visite comme une maison, se trouvaient diverses salles, ainsi que des mécanismes de Jean Tinguely et des assemblages de Per Olof Ultvedt. La sculpture de 23 mètres de long pesant 6 tonnes en aurait stimulé plus d’un, car le nombre de naissances augmenta à Stockholm l'année suivante. Tout le mérite fut attribué à la Hon !

Crédit : DR