Les incontournables du style: La marinière jamais au creux de la vague !

John Wayne
Ecrit par

La marinière est devenue au fil des décennies un incontournable du vestiaire masculin. Pourtant, l'origine et l'histoire de ce basique de notre armoire restent opaques. C'était sans compter sur les investigations de meltyStyle...

La marinière est un classique unisexe d'origine 100% masculine. Banale, bon marché et facile à vivre, la marinière est une fringue discrète qui possède pourtant une histoire passionnante et presque aussi tumultueuse que celle de l'Armée dont elle est issue. meltyStyle lève le voile sur les origines de ce vêtement plus français tu meurs, et que les créateurs les plus extravagants réinventent encore à chaque saison. Nouveau fer de lance du made in France, la marinière porte sur son col échancré, les valeurs d'une économie locale de plus en plus plébiscitée par les consommateurs. Voici comment ce basique s'est imposé comme un incontournable du style à travers les siècles.

Des rayures mystérieuses

Si les rayures nous semblent être les motifs le plus basiques de toute l'histoire de l'impression textile, leurs origines sont bien plus sombres et plus chargées de symboles qu'il n'y paraît. Il est important de rappeler qu'au Moyen-Âge les motifs rayés servaient à stigmatiser les déviants relégués aux marges de la société chrétienne de l'Occident. Ainsi étaient affublés de rayures les tenues des jongleurs, des musiciens, des bouffons, des bourreaux, des prostituées, des condamnés, des hérétiques, ainsi que celles du Diable et de toutes ses créatures lorsqu'on les représentait. Depuis, les codes ont changé, mais cette symbolique négative a perduré dans le temps. Au XXème siècle, la rayure habille encore les domestiques, les prisonniers, les bagnards, les membres de la pègre et plus récemment les déportés des camps de la mort...

A partir du XVIIème siècle on retrouve des costumes marins – tenues à rayures rouges et blanches ou bleues et blanches, de façon disparate chez les matelots. Mais une réglementation militaire viendra imposer une tenue officielle à l'équipage de bord. Le décret officiel du 27 mars 1858 instaure le tricot rayé bleu indigo et blanc dans la liste officielle des tenues de matelot qui comptent également le pantalon à pont, la chemise à blanche à col bleu, le manteau court en drap de laine (Le fameux caban qui connaîtra lui aussi ses heures de gloire mode), un bonnet à pompon pour le travail et un chapeau rond quand les marins ont les pieds à terre. Rigueur militaire oblige, les caractéristiques techniques de la marinière, considérée comme un sous-vêtement, sont très précises : « Le corps de la chemise devra compter 21 rayures blanches, chacune deux fois plus larges que les 20 à 21 rayures bleu indigo. » Pourquoi 21 rayures ? La légende voudrait qu'elles célèbrent les 21 victoires napoléoniennes.

Ainsi l'authentique tricot rayé comporte 20 ou 21 rayures (selon la taille du matelot) bleu indigo large de 10 millimètres espacées de 20 millimètres sur le torse et le dos, et 14 à 15 rayures bleues espacées de 20 millimètres sur les manches. Longues de trois-quarts, les manches ne doivent pas dépasser celles de la vareuse (blouse assez rigide portée sur la marinière). Le col échancré de la marinière a d'ailleurs donné sa forme au fameux col bateau.

Ce tricot rayé est fait d'une seule pièce, il n'y a donc pas de couture sauf au niveau des manches. À bord d’un bateau, il faut éviter tout ce qui est coutures, boutons qui pourraient se prendre dans les cordages. Les rayures permettaient également de repérer plus facilement un homme à la mer.

La démocratisation du motif marin

Jadis fabriquée dans les ateliers de la Marine nationale, la marinière est encore largement produite en France, par les entreprises Saint James ou Armor Lux. Mais ces entreprises françaises, à laquelle on peut ajouter Petit Bateau depuis 1893, spécialisées dans la confection de vêtements marins, ne sont pas les seules sur le marché de la marinière. Les tenues d'inspiration marine vont se développer au XIXème siècle avec la découverte des bains de mers et des plaisirs de la plage - ces nouveaux usagers ayant besoin de tenues adéquates, et s'intensifier avec l'obtention des deux semaines de congés payés en 1936.

La marinière prend du gallon tout au long du XXème et sa fabrication par des usines françaises affirme de plus en plus l'image de la France, comme peuvent le faire le béret et la baguette. Cette pièce Made in France sera le signe distinctif de beaucoup d'artistes. Ainsi le Mime Marceau, John Wayne, Pablo Picasso ou encore Jean Cocteau sortiront souvent vêtu de leur tricot rayé et seront parmi les premiers hommes à assumer cette pièce traditionnelle du vestiaire de la marine militaire.

Iconique marinière

Après son appropriation par Chanel, Saint Laurent ou Gaultier, 2000 signe l'arrivée d'un millénaire marinière. Kenzo, Rykiel, Prada, Kitsuné, Dolce & Gabbana, Kors, Chanel, Comme des Garçons, Hermès, Longchamp, de la Renta, Ferragamo, Mabille, Jacobs, tous s'amuseront à réinventer la marinière pour leurs collections. Les grandes marques du prêt-à-porter, elles aussi, proposeront saisons après saisons, leurs déclinaisons de la marinière qui connait un grand succès grâce à son intemporalité et sa sobriété. Cette pièce connait un tel engouement qu'en 2011, la Fédération française de Football, pour son nouveau contrat avec l'équipementier Nike, fera appel à Karl Lagerfeld pour dessiner le nouveau maillot extérieur de l'équipe de France. La marinière sera choisie pour associer à l'international, la France et son art de vivre à tel point qu'elle est devenue tout récemment un emblème d'une économie locale à relancer.

La marinière, égérie du Redressement Productif

19 octobre 2012, le ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, pose pour l'objectif du portraitiste Philippe Garcia en une du Parisien pour promouvoir le made in France. Le ministre porte un modèle français de la marque Armor lux et la marinière est alors inscrite pour la postérité comme LE vêtement français. Après la publication, l'eshop Armor lux a été pris d'assaut et les ventes ont explosé. Cet incontournable d'un style sans effort est donc devenu le symbole... de l'effort national. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?

Source : L'Etoffe du diable : Une histoire des rayures et des tissus rayés, Michel Pastoureau - Crédit : X

6 commentaires
  • Ce que j'en pense ?? que je n'ai pas attendu ça pour porter des marinières !! Des classiques bleu et blanc, des avec des strass (mode d'il y a 2 ans), des colorées. Marinière = base de ma garde-robe !!
  • Moi aussi j'en veux une. On peut dire merci à Montebourg d'avoir relancé la mode !
  • J'en veux une maintenant du coup !
  • J'adore !
  • pièce essentielle à toutes gardes-robes