Marché Noir x Art Comes First, la rencontre d'un chineur et de deux créateurs

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A l'occasion de la fashion week de Paris printemps été 2016, le Marché Noir, la friperie du Comptoir Général, musée installé aux bords du Canal Saint Martin à Paris, dévoilait les premières pièces de sa collection avec le duo Art Comes First.

Des hommes s’affairent devant l'entrée. Ils peignent des planches, ou réparent du mobilier, on ne sait pas trop. Puis on pénètre dans le grand couloir du Comptoir Général. Le parquet craque sous les pas et le nez reconnait les odeurs de rhum. Le rendez-vous est pris au Marché Noir, la friperie du Comptoir, lieu atypique à la fois musée dédié à l’art du ghetto, bar et restaurant. Perchée sur une mezzanine au dessus de l'un des bars, elle est accessible par un petit escalier en bois. C'est ici qu'officie Amah Ayivi, tête pensante de la friperie qui multiplie les allers retours entre Paris et le Togo pour aller chiner les pièces qu'il proposera. "J'emploie et je forme deux personnes en fixe au Togo pour trouver les pièces qui vont plaire. Et j'en emploie deux en extra quand je vais là-bas" nous explique Amah, motivé par la volonté de pratiquer des prix intéressants pour les locaux.

Une collection permanente

Un amour de la coupe, de la matière et de l’histoire derrière chaque vêtement qui fait écho au mode de travail de Sam Lambert et Shaka Maidoh, duo créateur de "Art Comes First". Comme le nom l'indique, pour eux deux, "l'art doit toujours passer avant". La rencontre entre ces trois hommes passionnés d'histoire, de mode et de voyages et nourris par leurs origines africaines a donné naissance à une collaboration. Mais à l'inverse des capsules évènementielles annoncées à grands renforts de buzz ou de comm' bien ficelée (Bonjour Balmain x H&M, Coucou Kanye West x adidas), la collection Le Marché Noir x Art Comes First est une collection permanente. "On ne se met pas de pression pour cette collection. Elle est unisexe, impertinente et casse un peu les codes" commente Amah, expliquant par la suite leur mode de travail : "D'abord on chine les pièces qui nous plaisent et à partir de là on crée." Sans pression, sans cahier des charges et sans deadline, le trio peut laisser libre cours à son imagination et créer lorsque c'est le moment. Une démarche qui s'éloigne du calendrier chargé des marques de prêt-à-porter qui proposent plusieurs collections par an ou des enseignes de fast fashion, constamment alimentées.

Marché Noir x Art Comes First, la rencontre d'un chineur et de deux créateurs - photo
Marché Noir x Art Comes First, la rencontre d'un chineur et de deux créateurs - photo
Marché Noir x Art Comes First, la rencontre d'un chineur et de deux créateurs - photo

Avec la possibilité de mettre le processus de création sur pause, la collection capsule se rapproche d'une démarche artistique : créer lorsque le besoin s'en fait sentir et lorsque c'est le bon moment, la bonne pièce. A l'heure actuelle, la collection compte déjà une vingtaine de pièces textiles : un sweat avec des manches de bomber, une parka avec des manches en cuir, une veste d'hiver avec des empiècements et autres jean ou vestes en cuir. Deux sont présentes au Marché Noir : une veste en jean avec des manches de bomber et customisée dans le dos ainsi qu'un pantalon de costume patchwork dont la coupe a été retravaillée -passant du flare au slim-, avec une customisation au niveau de la taille. Chaque pièce de la collection est le fruit de la rencontre de tissus vintage, d'une coupe plus moderne et d'un peu de customisation. Évidemment, chacune sera unique. Envisagent-ils des pièces de maroquinerie, des chaussures ou des accessoires ? "Peut-être" nous dit Amah, évasif, pendant que l'on jette un œil à une paire de souliers très chic à la semelle Nike, proposée à la vente dans la friperie. "Ce sont des chaussures de golf" nous lance le chineur fripier devant notre air médusé. Taille 42, dommage.

Marché Noir x Art Comes First, la rencontre d'un chineur et de deux créateurs

La collection Marché Noir x Art Comes First sera présentée, au Comptoir Général, à la rentrée 2015. Elle sera ensuite distribuée dans des points de vente exclusifs à Paris, Londres, Stockholm, Tokyo et en Afrique du Sud. D'ici là, il reste quelques semaines au trio pour alimenter encore la collection. Ou pas.

Par Lucas Lauer