Michael Youn : "Je veux bien vendre mon cul, mais pas le vendre pour rien" - Interview

Michael Youn pour meltyStyle
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Il a réveillé la France et l'humour potache au début des années 2000. Après une carrière humoristique sans accident et quelques sorties de route au cinéma, Michael Youn revient à ce qu'il fait de mieux, la parodie. Alors qu'il sort un album, porté par "Ce soir, sans mon sexe", et qu'il se glisse à nouveau dans la fourrure et la casquette de Fatal Bazooka, le slasheur (acteur/réalisateur/chanteur/etc) a répondu à nos questions.

Une dizaine de petits cheveux se balade encore dans les replis de ses oreilles. Le crâne fraichement rasé -"Je joue le rôle d'un fantôme dans un film, pour des besoins de SFX j'ai du me raser"- Michael Youn, la clope au bec, rentre dans l'une des salles de L'agence américaine, l'agence de communication chargé de la production de la web série autour du nouveau concept d'Axe incarné par l'ostentatoire Fatal Bazooka, et lieu de notre interview. Il en enchainera quatre autres cet après-midi, toutes pour des sites spécialisés dans le buzz et le marketing. Normal pour celui qui manie happening, nudité, clashs visionnés des centaines de milliers de fois sur Youtube, parodies ou blagues qui deviennent l'un des singles les plus vendus du 21ème siècle en France (800 000 ventes pour Stach Stach) depuis plus de 15 ans. Mais ce n'est ni à l'Alphonse Brown, inventeur du FrunKp, ni Dvorjak, l'un des Bratisla Boys, marins décédés lors d'un concours d'apnée, ni à Fatal Bazooka, boule d'egotrip et de rap parodiques, ni à Krystel, BFF d'un clip avec Yelle, ni au mec en promotion qui s'agace sur des plateaux télé, ni à celui qui les mettait en pièces que nous avons des questions à poser, mais à Michael Benayoun, le jeune garçon timide devenu l'un des humoristes français les plus emblématiques et décriés de ces 15 dernières années. Il nous semble "enfermé" dans ce rôle de débiteur de blagues. Sur Twitter, où il est suivi par plus d'un 1,5 millions de personnes, il se décrit ainsi : Saltimbanque, ménestrel, troubadour et beat maker depuis 1997. C'est tout ?

meltyStyle : Juste avant de commencer un stage chez Microsoft à la fin de tes études, tu raccroches ton costume pour la scène et les cafés-théâtres. Tu penses qu’aujourd’hui à 42 ans tu en serais où si tu avais suivi cette voie ?

Michael Youn, humoriste : Ils m’ont demandé plusieurs fois de ne pas les citer, alors je ne le ferai pas (rires). Je ne sais pas où j’en serais, c’est une bonne question. Je pense que j’aurais réussi aussi à trouver mon harmonie dans le domaine des bureaux, mais je crois que j’aurais eu un grand manque. Le plus gros avantage d’avoir fait ce choix et d’avoir choisi cette voie c’est que j’y ai trouvé une forme d’utilité. Pas évident quand même dans la vie de savoir à quoi tu sers, mis à part se reproduire si on parle juste de la fonction la plus animale qui soit pour l’homme. Mais en partant sur l’humour, la scène, la chanson rigolote et les films, de par les gens que je rencontre dans la rue ou en tournée, je me rends compte que ceux qui aiment je peux leur apporter un petit moment de bonheur et ça m’a permis de trouver un peu ma place dans la société, de me sentir plus léger et quelque part d’être plus heureux. Je sais pas si je l’aurais été autant dans les bureaux, mais je pense que oui. Maintenant ça ne me correspondait pas !

meltyStyle : Avant d’en faire ton métier, quel rapport avais-tu à l’humour ?

M.Y. : J’étais assez timide, je m’en servais beaucoup. D’ailleurs, j’étais plus drôle avant de choisir une carrière comique. Maintenant je suis drôle, entre guillemets, professionnellement et dans la vie de tous les jours, ça peut te surprendre, mais j’essaye de pas trop la ramener parce que sinon on va dire "Évidemment il fait son Michael Youn. Il fait son intéressant." Partout quand j’arrive, on a peur que je foute le bordel. Je sais par exemple qu’il y a des loueurs de voitures qui ne me loue pas de voitures, il y a des hôtels où on ne me loue pas de chambre parce que je suis jamais pris au sérieux ou parce qu’on croit que c’est pour faire une blague. En fait, l’humour c’est un peu inné dans le sens où ça a toujours été un moyen de protection et de communication.

Michael Youn pour meltyStyle
Michael Youn pour meltyStyle

meltyStyle : En 15 ans de carrière radio, télé, ciné et musique, ton succès public a toujours été contrebalancé par les critiques qui ont été assez dures. Est-ce que ça ne t'a jamais découragé ?

M.Y. : Ça touche, forcément ça touche.

meltyStyle : Et ça décourage ?

M.Y. : Il y a des jours où ça te décourage. C’est un tout. C’est l'addition de parfois des critiques qui peuvent être dures et des projets qui marchent pas. C’est vrai que tu te poses des questions. En tout cas, ça a toujours du bon. Parce que tu te remets en question, tu prends du recul par rapport à ce que t’as fait, tu te demandes où tu t’es trompé, qu’est ce qui a fait que ça n’a pas plu… Maintenant, j’ai une espèce de petite voix intérieure qui me dit "What the fuck ?" et je continue à avancer puisque de toute façon je sais ce que je veux faire. Même si je ne les ai pas toujours bien accueillies au départ, je crois que maintenant, à 40 piges, j’ai avancé là-dedans. Non pas que j’essaye de plaire au plus grand nombre mais j'ai compris qu’il ne fallait pas plaire au plus grand nombre. Il faut juste faire ce que tu as envie de faire et puis on verra si ça plaît.

meltyStyle : Ton parcours est largement dominé par la comédie, mais par deux fois (Héros en 2006 de Bruno Merle et La Traversée en 2012 de Jérome Cornuau) tu t'es essayé à un autre genre, plus sombre. Tu le retenteras ?

M.Y. : C’est un plaisir assez narcissique en fait parce que quand tu vois qu’Héros a fait 10 000 entrées et que La Traversée en a fait 70 000... Je devrais pas dire ça parce que s’il y a des réalisateurs qui lisent meltyStyle... Moi je trouve qu'avec plaisir je fais ce genre de projets parce que je suis quelqu’un de curieux et puis parce que pour moi, c’est jamais qu’une autre facette du métier. Maintenant, il faut enfoncer son clou et pas celui d’un autre. Et moi mon clou, et si on veut être strictement professionnel et presque marketing, mon argument concurrentiel il est sur l’humour. Quand je joue dans La Traversée ou dans Héros, moi je prends beaucoup de plaisir, apparemment le réalisateur et les producteurs aussi, mais peut-être que tu peux donner ça à Machin ou à Bidule pour ne pas citer de noms. Mais en revanche ce que je fais dans la comédie, il y en a peut-être pas 50 qui peuvent le faire.

meltyStyle : Mais dans la réalisation ce n’est pas des rôles que tu voudrais t’offrir ?

M.Y. : C’est presque comme une maladie : dès que je me mets en face de mon ordinateur pour écrire un truc, je n’écris que des conneries. Et j’utilise souvent ce que je vois, ce que j'entends, les personnes que je rencontre, et boum je les transforme dans des personnages un peu parodiques et caricaturaux. Donc j’ai vraiment ça dans le sang, et puis je ne sais pas si j’en serais capable.

Michael Youn pour meltyStyle
Michael Youn pour meltyStyle

meltyStyle : Bratisla Boys, Alphonse Brown, Fatal.... C'est une nécessité de te composer des personnages ?

M.Y. : Oui. J’aime bien créer des personnages parce qu’aujourd’hui tout le monde est parti sur du stand up mais quand tu vois Pablo Andres, un belge qui fait des personnages, ou même Gad (Elmaleh, ndlr), quand il faisait des personnages, c’était à la fois bouleversant parce qu’il était hilarant et en même temps tendre. J’ai l’impression que les personnages nous transportent dans un autre univers alors que le stand-up nous fait rire avec ce qu’on a véritablement dans notre quotidien. Donc moi j’aime bien créer des personnages, ça me permet aussi de sortir de mon quotidien. Ça me permet de faire et dire tout ce que je ne ferais ou dirais pas, parce que Fatal par exemple tu peux tout lui pardonner, tout lui excuser et quelque part c’est jamais que d’autres facettes de moi-même. Tu changes un peu les attitudes, la façon de parler et le look mais de toute façon, quoi qu’il arrive, il y aura énormément de toi dans le personnage. Mais sur mon prochain film, je joue mon propre rôle. Je vais essayer de faire rire avec moi-même.

meltyStyle : Un film que tu réalises ?

M.Y. : Oui. Tu connais l’émission Rendez-vous en terre inconnue ? Là, c’est un Rendez-vous en terre inconnue qui ne se passe pas bien. Jusqu’à présent Frédéric Lopez, il prépare toujours bien ses émissions et il emmène ses vedettes dans des tribus cool et attachantes, mais qu’est ce qui se passe si elle n'est pas sympa. Et en l’occurrence ça sera le cas puisqu’on part dans une tribu d’anthropophages et ça va mal se passer.

meltyStyle : Comment ton personnage de Fatal s'est retrouvé dans la campagne Axe ?

M.Y. : En fait, Axe m’avait demandé il y a quelque temps déjà de participer à leur campagne. Moi j’ai jamais fait de pub, je vais pas faire le mec de gauche qui chante contre le sida et qui chante avec les Enfoirés et qui dit "Merde à la publicité !" Non, c’est juste que j’avais pas trouvé les projets intéressants, on m’avait pas proposé les projets intéressants ou juste, pour être super basique, ce n’était pas suffisamment bien rémunéré. Parce que moi je veux bien, entre guillemets, "vendre mon cul", mais je veux pas le vendre pour rien (rires). J’étais déjà en contact avec, pour ne pas les citer, une marque de soda, une chaîne de hamburger et ça me correspondait pas forcément.

meltyStyle : Il voulait le personnage de Fatal ou Michael Youn ?

M.Y. : Ils voulaient Michael Youn. Et puis Axe me contacte, il y a 2 ou 3 ans, et déjà ce qu’ils me proposent je trouvais ça plus marrant. Je leur avais dit non parce que c’était pas le bon moment, et là on leur a proposé de collaborer avec nous sur l’album. Concrètement aujourd’hui, on va pas se mentir, pour gagner de l’argent avec la musique faut faire des concerts, des partenariats, donc on cherchait de l’argent pour financer l’album et les clips. Axe était très intéressé et on s’est dit pourquoi ne pas faire d’une pierre deux coups. Nous, on a besoin de vous pour aider Fatal et vous, vous avez une campagne à tourner. Vous me l'aviez proposée, faisons là ensemble sur Fatal. Et c’est vraiment une win-win situation parce que moi je prends du plaisir. À l'instar de Georges Clooney dans les pubs Nespresso. On voit qu'il prend du plaisir à tourner ces pubs, qu’il est raccord avec le produit. On voit qu'en plus, artistiquement il est investi dans le truc, il y a son pote Jean Dujardin... Ça devient un objet artistique et pas juste de la promotion pour du café. À notre humble niveau c’est un peu la même chose avec Axe où j’ai pris beaucoup de plaisir à tourner les vidéos. En plus, je suis en Fatal donc ça me permet d’avoir beaucoup plus de latitudes que si j’étais juste en moi. Je prends du plaisir, je collabore à l’écriture et là on part en tourner encore d’autres. On s’entend super bien et je suis raccord avec le produit, je participe au montage j’envoie des remarques. C’est vraiment fait entre copains et puis le projet est rigolo, ça ne se prend pas au sérieux. C’est pas en train de dire "Mon déodorant est mieux que le tien". C’est le projet qui a fait que j’ai dit oui.

meltyStyle : Le pitch de la campagne est le suivant : "Dans un monde de plus en plus superficiel, ne gardez que l’essentiel". Ton essentiel c'est quoi ?

M.Y. : Ma famille.

meltyStyle : Trop simple. Autre chose ? Peut-être plus dans ton travail ou artistiquement, qu'est-ce qui est l’essentiel ?

M.Y. : Le plaisir... Mais tu vois ça aussi c’est assez bateau. Mais oui, si je devais garder qu’une chose ça serait la joie fabriquer. J’ai vraiment l’impression d’être un artisan. Parfois dans les interviews on dit "Je suis un artiste ceci, je suis un artiste cela", et les autres disent "Arrête, t’es pas un artiste." Ok, plus de polémique, moi je suis un artisan. Je fabrique. Je suis pas du tout un chef d’entreprise ou un chef de projet. J’ai des camarades qui le sont beaucoup plus, qui délèguent et qui sont à la tête de boites qui pèsent. Ça a jamais été mon cas. J'ai pas voulu rentrer dans la production archi-poussée parce que je veux continuer à fabriquer moi-même. Je monte, on compose les chansons ensemble, j’ai un stylo, un ordinateur. J’ai vraiment l’impression d’être un artisan et non pas de dire, "Tiens, faisons un projet sur cette thématique" et de chapeauter l'ensemble. Je sais pas faire ça.

meltyStyle : Quelle est la chose qu'on ne te demande jamais en interview et que tu aurais voulu qu'on fasse ?

M.Y. : Celle-là par exemple on me l’a déjà demandée.

meltyStyle : Je m’en doutais.

M.Y. : Hum…

meltyStyle : Tu avais autant galéré à répondre la première fois ?

M.Y. : (rires) Non, mais c’est assez vaste. La question qu’on ne m’a jamais posée et que j’aimerais qu’on me pose… Parce que je peux te dire les questions qu’on ne m’a jamais posées et que je ne voudrais pas qu’on me pose (rires). Toutes les questions politique ou religion, tout ça je m’en contre-tamponne.

Michael Youn pour meltyStyle
Michael Youn pour meltyStyle

meltyStyle : Dernière chose, la phrase suivante est celle qui commençait le synopsis du film Héros sorti en 2006 et qui décrit ton personnage : "Pierre Forêt est drôle et c'est son drame. C'est aussi son métier". Elle peut s'appliquer à toi ?

M.Y. : C’était une fiction (sourire). Moi c’est mon petit drame au quotidien sur certaines choses : quand j’arrive dans un hôtel et qu’on me dit c’est complet si je réserve sous le nom Michael Youn mais si je passe par mon assistante il y a des chambres libres. Donc c’est mon petit drame, après c’est vrai que c’est difficile de faire de l’humour et d'être pris au sérieux. Parfois, quand je vais répondre sérieusement à des questions, on se dit soit "Il se prend au sérieux" ou "Qu’est-ce qui lui arrive ? Est-ce que c’est une blague ?" Donc t’es un peu enfermé dans un personnage. T’es en permanence obligé d’être au moins agréable c’est la moindre des choses, si ce n’est drôle. Mais c’est aussi ma nature, je suis quelqu’un de vivant, d'agréable, je suis toujours en train de rebondir sur des conneries. J’ai des heures plus sombres comme chaque être humain. J’ai pas l’impression d’être différent. C’est pas mon drame au contraire, sans l’humour je serais peut-être en hôpital psychiatrique. Sans l’humour je serais devenu fou. L’humour est vraiment mon Prozac.

meltyStyle : Je vais te faire imprimer cette dernière phrase sur un t-shirt.

Par @LucasLauer

Crédit : meltystyle.fr