Saint Laurent de Bertrand Bonello, la vie sauvage du créateur

Jérémie Renier et Gaspard Ulliel
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Saint Laurent, le film de Bertrand Bonello, sort demain en salles. Auréolé de bonnes critiques, ce long-métrage sauvage et excessif vient d'être choisi pour représenter la France aux Oscars. La rédac' a vu et aimé ce film.

Qui mieux que Yves Saint Laurent, l'iconique couturier français qui a révolutionné la femme durant sa carrière, pour représenter la France aux Oscars ? Personne. Le CNC vient en effet de sélectionner le réussi Saint Laurent pour représenter la France aux Oscars dans la catégorie Meilleur Film Etranger. Une preuve de plus que Bertrand Bonello a bien fait de s'y attacher à son Saint Laurent. Alors que le biopic YSL avec Pierre Niney et Guillaume Galienne a reçu l'aval et l'aide (sous forme de prêts et d'accès aux archives de la maison) de Pierre Bergé, le long-métrage de Bonello a du faire face à la farouche opposition de l'ex compagnon de Yves Saint Laurent. Interrogé par le magazine Snatch, Bertrand Bonello confiait la difficulté de tourner son film quand Pierre Bergé, fort de ses relations dans le mécenat et l'art, lui empêchait l'accès à différents lieux, des musées par exemple.

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Mais tout comme une pièce haute couture demande des centaines d'heures de travail, un film de cette qualité exige du temps et se construit dans ses obstacles. Financier par exemple. A mesure que certains producteurs les lâchaient, refroidis par un Pierre Bergé froissé de voir la mémoire de son couple "sali", Bonello et son équipe ont du faire des coupes dans le film. Cependant, le label haute couture peut s'appliquer à ce biopic puisque Anaïs Romand, costumière du film, a créé, pendant 4 mois, dans un atelier, tous les costumes du film et a aussi recréé les robes haute couture Yves Saint Laurent. Cette énergie créative et la foi dans le projet nous ont été transmises lorsque nous avons été voir le film en avant-première, au Forum des images de Paris, le 2 septembre dernier, en présence de l'équipe.

Saint Laurent de Bertrand Bonello, la vie sauvage du créateur
Haute créativité

Un Gaspard Ulliel, fort élégant dans sa veste en cuir pétrole, sa chemise blanche, son slim enduit et ses bottines cirées, explique qu'il ne voulait pas "coller au réel, tomber dans le mimétisme" lorsqu'il a endossé le rôle. Sa voix grave et masculine contraste avec la voix si particulière du créateur qu'il imitera pourtant à la perfection dans le film. Habité par le personnage, Gaspad Ulliel jouit en plus d'une ressemblance physique avec le styliste. Confondant de vérité, l'acteur porte le biopic qui se concentre sur une décennie de la vie du couturier, 1967-1976 et sa relation avec son amant Jacques de Bascher. "Je voulais montrer la haute créativité et ce qui le tirait vers le bas" confie Bonello à M6. Une ambivalence qui est le fil rouge du film.

L'alcool, les défiles, les croquis, le travail, le sexe, tout était excès chez Saint Laurent, et dans sa forme, le film transmet cette démesure. Musique rutilante, split screens, flash backs et esthétique soignée, Bonello emporte le spectateur dans son film, le plonge dans les histoires d'amour tumultueuses de Saint Laurent et s'offre quelques fulgurances. Une impression étrange à la fin du film nous habite. Comme un lendemain de biture, seuls nous restent quelques images, une fatigue, un son et le sentiment d'avoir été, l'espace de deux heures, le témoin d'une vie extraordinaire. YSL, ces initiales marqueront encore longtemps la mode, et dorénavant le cinéma

Saint Laurent de Bertrand Bonello, la vie sauvage du créateur
Saint Laurent de Bertrand Bonello, la vie sauvage du créateur
Crédit : T.c.d, Visual Press Agency