Stan Smith, Vans, Nike... Comment les baskets sportswear deviennent citadines et inspirent le luxe

Le choix de la sneaker que nous portons aux pieds n'a plus rien à voir avec des considérations techniques ou sportives. Totalement citadine, la basket est désormais la muse des créateurs. Streetwear ou non.

Si vous êtes amateur de sneakers, votre placard à chaussures est désormais divisé en deux catégories. Les chaussures de sport pour le sport et les chaussures de sport pour la ville. Avec un budget plus conséquent, un troisième compartiment peut s'ajouter. Celui des chaussures de sport haut de gamme pour la ville. Car il ne vous viendrait jamais à l'idée d'enfiler vos tennis Lanvin, de prendre une raquette et d'aller jouer à la baballe. Comment la basket a-t-elle pu autant s'éloigner de toute pratique physique ? Avec les années, les Stan Smith, Air Jordan ou autres Vans Sk8-Hi sont passées des terrains de sport à la rue. Mais aujourd'hui, elles-mêmes servent d'inspiration à de nombreux créateurs du milieu du luxe.

Stan Smith, Vans, Nike... Comment les baskets sportswear deviennent citadines et inspirent le luxe - photo
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Inutile de revenir sur les différentes cultures urbaines et musicales qui ont poussé des générations à porter des sneakers en toute circonstance dès les années 80. Dans les années 90, l'idée a franchi l'enceinte des villes. Mais depuis 10 ans, les amateurs se baladent tout autant sur l'avenue Montaigne qu'aux puces de Saint-Ouen. C'est bien de ces dernières que les directeurs artistiques des maisons se sont inspirés. Le flair du créateur Martin Margiela en est un bon exemple. L'un de ses best-sellers, la basket Replica est - comme son nom l'indique - une réplique de la chaussure d'entraînement de l'armée allemande des années 70. Dior ne s'en est pas privé non plus et décline chaque saison le modèle devenu emblématique. Choisir un modèle mythique, l'adapter, y greffer des matières nobles. Si ce n'est pas une recette miracle, ça y ressemble fortement.

À chaque maison sa muse

Les couturiers seraient-ils en panne d'inspiration ? L'argument est difficilement recevable. Il faut également se placer dans le contexte de l'époque (début des années 2000). Une nouvelle génération de clients (au budget important) échappe aux marques de luxe. Amateurs de vêtements haut de gamme, ils ne sont pas pour autant prêts à renoncer à leurs Stan Smith une fois le week-end arrivé. Sans faire d'eux des modeux ultra-pointus, il paraissait alors logique de leur fournir leurs paires favorites, mais en version premium. Lanvin est rapidement devenu une référence en la matière. La marque est peut-être celle qui a su adapter le plus rapidement les modèles iconiques aux codes du luxe. Qu'elles rappellent une Converse ou une Slip-On de chez Vans, leurs sneakers n'ont aucun complexe à se parer d'un chausson en python. Malgré des prix oscillant entre 350 et 1000 euros, elles se vendent comme des petits pains. Conséquence collatérale (ou voulue), ces produits deviennent des produits d'appel.

Stan Smith, Vans, Nike... Comment les baskets sportswear deviennent citadines et inspirent le luxe
Stan Smith, Vans, Nike... Comment les baskets sportswear deviennent citadines et inspirent le luxe

Remplaçant les parfums et les petits accessoires de maroquinerie, les sneakers ont ouvert les portes des maisons de luxe à une population qui n'avait pas l'habitude d'y mettre les pieds. Les amateurs de {article 402003 Nike Air Force 1 peuvent retrouver une paire proche du modèle mythique de Nike en cuir de croco}, ou en veau velours. Aujourd'hui, il n'existe pas une seule maison de luxe (française, italienne, anglaise, américaine) qui ne possède pas une gamme élargie de baskets. Un marché tellement appétissant que des marques se sont créées et positionnées uniquement sur la sneaker haut de gamme. Parmi les plus connues, National Standard, Common Projects, ou Buttero. Leurs catalogues semblent dédiés à la réinterprétation des bon vieux classiques.

Le sportswear contre-attaque

Mais les marques de sport ne sont pas du genre à se laisser voler leurs bébés sans rien dire. Après tout, pourquoi ne pas revisiter soi-même ses classiques ? Sur ce terrain, c'est adidas qui s'en tire le mieux. À la fin des années 2000, les modèles d'autres marques d'inspiration Stan Smith s'affichent dans les concept-stores tandis que le modèle d'origine croupit chez d'obscurs destockeurs allemands. La marque aux trois bandes décide alors de tuer le bébé pour mieux le faire renaître. Trois ans plus tard, une version premium est mise sur le marché. En quelques mois, la Stan Smith devient la basket la plus vendue de l'histoire d'adidas qui n'oublie pas de proposer des collaborations et versions limitées à près de 300 euros (Hello Raf Simons). La basket s'est élevée au dessus des pavés. Faute de pouvoir la faire redescendre sur terre, ce sont les marques de sport qui ont dû s'accrocher.